L’actualité africaine est marquée en cette rentrée 2011 par les tristes et récurrentes famine et sécheresse dans la Corne de l’Afrique qui touchent plus de 13,3 millions de personnes.

Le problème : cette récurrence banalise la réalité et même si l’ONU s’alarme sur la gravité de la famine_ la « pire crise alimentaire en 60 ans »_ la cause a faiblement mobilisé l’opinion publique et donc les dons dans les pays européens.

Fait surprenant, les principaux organismes regroupés sous le nom de Coalition humanitaire canadienne, ont, de leurs côtés, dépassé les sommes recueillies pour le tremblement de terre de janvier 2010 en Haïti. L’Afrique, éloignée géographiquement, n’a jamais été aussi présente dans les médias canadiens. Des humoristes ont même organisé un spectacle, pour la première fois, pour récolter des sommes contre la famine. Par ailleurs, le gouvernement canadien s’est engagé à verser un dollar, pour chaque dollar versé à la cause par les Canadiens sur une période de dix semaines. Ces fonds s'ajouteront à une enveloppe de 72 millions de dollars déjà annoncée par le Canada.

Mais en France, la
situation est différente. Les grandes organisations françaises ont recueilli 13 millions d'euros de dons en trois semaines pour la Corne de l’Afrique, soit cinq fois moins que les dons pour les victimes du séisme en Haïti avec 64 millions récoltés en un mois, et sept fois moins que le tsunami de décembre 2004 en Asie avec 95 millions d’euros amassés en deux semaines.

Faible médiatisation, période estivale ou banalisation de l’image d’une Afrique affamée, reste que la proximité française n’a pas suffi à motiver les dons.

 Les médias et les rédactions ont certainement leur part de responsabilité dans cette faible mobilisation. Les décideurs de presse ont un devoir civique, celui d’expliquer les enjeux d’une telle catastrophe humanitaire.

La hiérarchie de l’information aurait en effet pu faire place à une crise alimentaire sans précédent, et les JT des grandes chaines de télévision française auraient pu octroyer un temps d’antenne très minime aux appels aux dons, comme ils l’ont fait pour Haïti.

Ils auraient pu aisément empiéter sur le temps d’antenne, par exemple, alloué au retour ultra-médiatisé en France d’un homme politique controversé et de ses déboires, qui sont loins d’affecter 13,3 millions de personnes!