La mémoire collective associe communément le diabète à une maladie chronique de pays riches. Ce préjugé désuet ralentit non seulement la prise de conscience que le taux de diabète explose en Afrique mais également la mise en place de financements adéquats pour les ONG qui prennent en charge cette maladie. Face aux milliards accordés au virus du Sida, les ONG pauvres du diabète tentent de mobiliser les bailleurs de fonds et de leur faire comprendre l’ampleur de l’épidémie.

D’ici 2030, 366 millions de personnes seront atteintes du diabète. Un chiffre conservateur de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui ne tient pas compte de la hausse du phénomène d’obésité. Loin des pays du Nord où le diabète est déjà reconnu comme un fléau, c’est sur le continent noir que l’épidémie fera des ravages dans les années à venir. L’ONG Santé Diabète Mali essaie de se faire entendre. Non du gouvernement malien avec qui elle travaille en étroite collaboration, mais par les bailleurs de fond qui négligent la problématique du diabète en Afrique, au profit des trois autres grandes maladies que sont la tuberculose, le paludisme et le VIH.

Le Mali compte aujourd’hui un taux de prévalence au diabète de 3%. Le manque de structures et de personnel rend les dépistages tardifs. Le coût du suivi, pour le malade et sa famille, reste souvent beaucoup trop élevé. Santé Diabète Mali tente, entre autres, de faire connaître les conséquences directs et indirectes du diabète, mais surtout de faire baisser les coûts élevés d’accès aux soins. L’ONG coopère déjà avec la pharmacie centrale du pays pour faire baisser les coûts de traitements et de dépistage préventif, mais cela reste insuffisant. Le Directeur des programmes de l’ONG, Stéphane Besançon, ne cache pas que le volet économique du diabète reste considérable. « On ne meurt pas directement du diabète mais on meurt de ses complications. Le diabète est la cause de prés de 60% des amputations au Mali, il est la première cause de mise sous dialyse et la première cause de cécité. Les dommages qu’engendre cette maladie chronique sont importants. Personne n’en parle car ça coûte trop cher. Investir tôt dans le système de santé pour prévenir le diabète est un message qui passe difficilement. »

Il existe en effet des enjeux politiques à cette mésinformation sur le diabète. « Il est encore considéré comme une maladie de riches. Ceci est lié aux médias. Ils renvoient sans cesse l’image désuète d’une Afrique rurale. On sait aujourd’hui que le diabète en occident touche fortement les populations pauvres. Par exemple, au Canada il touche une personne sur 5 au niveau des réserves amérindiennes où les Autochtones vivent dans des conditions de forte précarité avec une mauvaise alimentation, un fort taux de tabagisme, d’alcoolisme et de surpoids. Il en est de même en France dans les banlieues précaires. Ici aussi en Afrique nous connaissons les mêmes phénomènes de surpoids, d’obésité, de sédentarisation, d’urbanisation croissante, …et donc de diabète ». Santé Diabète Mali lutte chaque jour pour informer sur les réalités du diabète africain et défaire les préjugés qui l’entourent.

Concrètement, l’ONG contribue au renforcement des structures hospitalières ainsi qu’à la formation de spécialistes en diabétologie et en nutrition. Elle a déjà mis en place dans le pays 17 unités de prise en charge du diabète prenant plus de 3000 malades en dehors de la capitale Bamako et a réduit le prix de l’insuline de 50%. « Une ampoule d’insuline qui dure 15 jours coûtait 10 euros, nous avons travaillé avec les laboratoires internationaux pour descendre ce coût à 5 euros aujourd’hui ».

L’ONG travaille aussi sur la prévention du diabète dans les écoles et auprès des populations adultes. Elle s’efforce également d’étendre son expertise aux pays voisins. « Nous travaillons avec d’autres pays africains, par exemple avec le gouvernement du Burkina Faso. Nous avons une grosse expertise et nous identifions les partenaires locaux avec lesquels nous pouvons travailler. »

L’OMS estime que la progression des cas de diabète sera de 40% pour les pays développés entre 2000 et 2025, tandis qu’elle sera de 170 % dans les pays en voie de développement.

Pour en savoir plus