Nous voici déjà à notre troisième numéro, et le magazine Éthiques et Sociétés maintient son cap d’information et continue d’exister dans le monde, faut-il l’avouer, complexe de l’aide internationale. Mais pourra-t-on vraiment saisir un jour la mécanique nébuleuse qui se cache derrière l’aide au développement et qui fait que des milliers de personnes dans les organisations internationales, les associations africaines locales, les grandes institutions onusiennes, gardent la conviction profonde que leur action fait la différence.

Si notre magazine se veut un vecteur d’échanges et une tribune de témoignages pour tous ces acteurs indispensables, il n’en demeure pas moins que notre vocation est aussi de rester alertes et de faire part des éventuelles remises en question qui peuvent ébranler la « planète aide » lorsque celles-ci se présentent.

Un exemple de cette dualité de l’information dont nous devons rendre compte : à l’heure où l’organisation Oxfam Internationale tire en ce début octobre la sonnette d’alarme sur la sécheresse, et la famine, qui s’abattent sur la Corne de l’Afrique en lançant un appel pour une aide de 9,5 millions de dollars pour les populations locales, on reçoit la charge du livre coup de poing L’aide
fatale
de l’économiste zambienne Dambisa Moyo qui dénonce fermement l’utilité de l’aide internationale pour l’Afrique.

Pour sauver l’Afrique il faut couper l’aide ! Son livre ébranle ainsi tous les principes et axiomes établis qui prônent que l’aide internationale fait du bien à l’Afrique. Selon l’auteur, les mille milliards de dollars dépensés en assistance au développement au cours des décennies successives n’ont pas amélioré le sort des peuples africains. Pire, cette aide aurait encouragé la corruption et l’inflation. Un livre qui dérange, certes, écrit non pas par un spécialiste ou universitaire occidental qui pose son regard sur le pauvre continent…mais la vision rafraichissante d’une Africaine qui propose un nouveau modèle de développement, contestable sur certains points, mais qui a le mérite de nous faire questionner sur la pensée établie et nos fondements et reflexe d'engagement.

Ainsi, nous devons, nous aussi, la rédaction d’Éthiques et Sociétés, à nos lecteurs de respecter notre mandat d’informer sur le travail et l’efficacité des ONG et d'interroger les pratiques de celles-ci, vocation première de ce numéro et des prochains à venir.

Zora Ait El Machkouri
(Éditorial paru dans le magazine Éthiques et Sociétés, octobre 2009)